"J'ai choisis d'être ronde": plaidoyer pour le feedisme




(Cet article a été rédigé par Speckhexe (une feedee allemande) et est disponible en version originale sur le lien suivant: Plädoyer für das Feeding. Je la remercie de m'avoir autorisé à traduire ce texte et à en publier la traduction.)


 

La valeur d’une affaire, d’un comportement, ou d’un autre objet quelconque, est relative et dépent de l’opinion de l’observateur. Une même chose peut être jugée différemment selon les personnes. En soit, cela ne poserait pas problème, si les gens n’avaient pas l’habitude de considérer l’impression majoritaire comme l’absolue, la seule perspective valable et acceptable.

 

 

Considérons un moment le monde avec mes yeux de feedee :

 

« Il y a une grande quantité de gens que l’on trompe, et qui souffrent de lipophobie. Pouvez-vous vous imaginer cela ? Quelqu’un ne trouve pas l’embompoint beau, érotique, excitant, attirant, tendre et doux ? Pouvez-vous vous imaginer qu’il y aie des gens qui, contre leur instinct naturel, aiment les corps décharnés tels qu’on ne peut les obtenir qu’après un long régime ? Pouvez-vous vous imaginer que quelqu’un ne souhaite pas prendre du poids et être rond, que quelqu’un ne salue pas les nouvelles formes avec grand plaisir ? Oh, mais pourquoi 99% de la population sont si différents ? Horreur, l’épidémie de maigreur a atteint des proportions incroyables, seuls peu de gens présentent une résistance naturelle. Est-il possible de faire un vaccin à partir de notre sang ? »

 

 

La plus grande partie de la population, dans notre société, va considérer ces mots comme une satire méchante, car il est siiii évident que chacun veut être mince et que ceux qui prétendent aimer être gros se mentent à eux-mêmes. Et ma foi, moi, petite feedee, je suis là à me demander qu’est-ce que je pourrais écrire pour convaincre le monde de mon voeux authentique et inné, du plus profond de mon être : J’AIME ETRE GROSSE ET JE NE VOUDRAIS PLUS JAMAIS ETRE MINCE !

Le fait est que dehors, dans le monde lointain de l’hémisphère occidental, le feedisme comme faisant partie de la sexualité humaine ne rencontre que peu de compréhension ; en effet à cause d’un endoctrinement (qui a duré plusieurs décénies) dirigé par une alliance entre industrie et médecine, la croyance selon laquelle la minceur serait une valeur absolue et incontestable est profondément ancrée. On suggère sans cesse aux gens que la recherche de la minceur et le souci d’éviter de grossir serait une caractéristique intrinsèque à l’espèce humaine et que tout autre comportement ne pourrait qu’être considérée comme perverse. C’est pourquoi, la tendance « Feedee » est certainement le secrêt le mieux caché chez les personnes concernées, jusqu’à ce qu’il apprenne, par Internet, qu’il n’est ni dérangé, ni seul à avoir cette tendance et que les feedees et feeders se sont fait un refuge sur le net, dans lequel ils peuvent vivre la vie comme ils la conçoivent, à l’abri de l’ignorance du reste du monde.

Mais parfois, hélas, des interférences troublent ce refuge, et honnêtement, cela m’étonne que je n’aie pas encore reçu de mail avec pour contenu des propos du genre : « Toi, perverse, grosse cochonne ! ». Mais, récemment, je reçus un mail inattendu, dans ma naïveté, car en tant que personne large d’esprit, cela ne me serait pas venu à l’esprit de m’introduire dans les affaires des autres.

Un citoyen soucieux, qui certes me trouve sexy, mais qui se montre irrité par le feedisme, se sent appelé à me protéger de moi-même, moi pauvre femme trompée et dépendante des attentes de prise de poids de mes lecteurs et de me conduire sur le sentier de la vertu des uniques béatifiés.

 

 

Ici je citerai seulement des extraits du Mail de M. Inquiet auxquels le monde du feedisme ne s’attendait certainement pas.

 

 

« […] Je ne comprends pas le feedisme. Sincèrement ! […] Mais pourquoi toujours grossir, alors que tu as atteint ton seuil ? […] Après une nouvelle prise de poids tu deviendras plutôt moche. […] Je me pose la question si cela est une tendance réelle ou une déviation. Je me fais du souci que tu prennes plus de poids. Tu as l’approbation de beaucoup de FA qui adorent les prises de poids. Pourras-tu renoncer à cela lorsque la barre des 130 kg sera atteinte ? Ou bien est-ce que tu sentiras contrainte de continuer, jusqu’à ce que tu doives compter les jours de ta vie pour cela ? […] Tes articles et pensées semblent ne pas les intéresser. »

 

 

Donc M. Inquiet ne comprend pas le feedisme. La majorité de la population de la planète Terre est sans aucun doute dans le même cas. C’est tout-à-fait normal et légitime de ne pas comprendre une chose. Certes, je comprend le feedisme, mais je dois avouer qu’il y a beaucoup de choses et d’évènements dans ce monde que je ne comprends pas. En particulier, je ne comprends pas pourquoi autant de gens considèrent comme déviants (c’est-à-dire « sortis du droit chemin »), dérangés, malades ou même parfois mauvais les comportements qui n’appartiennent pas à leur répertoire et qu’ils ne peuvent donc pas comprendre. J’ai un bon ami qui est homosexuel. En tant que femme hétéro, je ne comprends pas l’homosexualité. Un jour j’ai demandé à mon ami : « Pourquoi es-tu homosexuel ? ». A la fin de son explication, je n’avais toujours pas compris, et, haussant les épaules, il a dit : « J’aime simplement les hommes ». Basta, avec cela tout est dit, je n’ai pas besoin de comprendre l’homosexualité, pourtant, jamais il ne me viendrait à l’idée d’énerver mon ami en me faisant du souci sur son cas. Encore il y a plusieurs décénies, l’homosexualité, tout comme le sado-masochisme, était classée au chapitre « Perversions sexuelles » de tous les livres de psychiatrie. Heureusement, entre-temps, l’esprit des gens s’est élargis, être homosexuel n’est plus considéré comme un mal et la fréquentation d’une partie SM dans l’ambiance noble d’un château fait chic.

Par contre le feedisme est tellement inconnu qu’il n’a pas encore fait le saut dans le livre de psychiatrie. Mais peut-être que c’est cela qui nous attend pourvu que cette tendance soit plus connue ? Peut-être que ce pas et la reconnaissance par la société qui en découle sont nécessaires pour l’émancipation du feedisme comme variante supplémentaire de la diversité sexuelle ? A cet exemple, nous voyons comment évoluent les conventions de la société. Ce qui il y a peu de temps était de la perversité est considéré plus tard comme un phénomène de mode.

 

 

M. Inquiet regrète que personne ne semble s’intéresser à mes textes et que seuls mes photos ont du succès. Certes j’aimerais avoir plus de réactions sur mes textes, mais ce serait une méconnaissance de la réalité que d’attendre une conversation hautement intellectuelle de chaque visiteur de ce site. M. Inquiet indique qu’il a lu attentivement, ce qui lui donne l’espoir que je puisse survivre à mon feedisme. Mais le fait qu’il m’ait écrit cet email irité prouve qu’il ne peut pas avoir compris le contenu des textes. Il ne peut pas non plus avoir une bonne opinion de moi, car il craint que je me sente contrainte de prendre plus de poids que ce que je le désire moi-même, à cause des messages que les lecteurs laissent sur mon livre d’or (pour ne pas les décevoir s’il n’y a pas de prise de poids). Oui bien sûr, Madame "Non conforme", entêtée de nature, qui cherche à suivre sa voie et pas celle des autres, va se sentir contrainte de faire quelque chose à cause des propos du livre d’or. Mais à par ça, M. Inquiet va bien !

 

 

Le fait est que l’on ne peut comprendre un fétiche sexuel sur le plan émotionnel que si l’on a soit-même la même tendance. J’ai essayé d’expliquer très précisément l’origine du feedisme et en quoi cela consiste à travers mes textes « Etre feedee » et « Métaphysique du feedisme », afin que cela soit compréhensible aussi par un individu n’ayant pas cette tendance. Bien sûr, pour comprendre, il faut une certaine intelligence et la capacité à s’introduire dans le voyage virtuel décrit de manière métaphysique. Le problème de l’article « Métaphysique du feedisme » est qu’il recquiert une vision du monde très spirituelle (pour le comprendre au mieux), que la plupart des gens n’ont pas, c’est pourquoi ils ne comprennent pas mes explications. Il faut vraiment être habitué à ce genre de pensée pour pouvoir assimiler cette métaphysique.

C’est pourquoi le but principal de mon plaidoyer pour le feedisme n’est pas de faire comprendre cette tendance à ceux qui ne l’ont pas, mais de faire passer le message que quelque chose que l’on ne comprend pas n’est pas forcément mauvais ou synonyme de maladie.

 

 

Les principaux problèmes de ce monde découlent du fait que beaucoup de personnes croient à tord que leur voie est celle qui convient pour tous et que chacun doit comprendre que seulement cette voie peut conduire au bonheur et à l’épanouissement. Pourtant, chaque être humain qui a un esprit pas trop étroit comprendra que chacun doit choisir sa propre voie. Ces voies peuvent être si différentes que beaucoup d’entre elles me paraissent déconcertantes ou même inquiétantes, pourtant cela ne me donne pas le droit de les considérer comme médiocres ou mauvais.

Il n’y a aucun doute que chaque voie comporte des avantages et des inconvénients. Il appartient à chacun d’entre nous de peser le pour et le contre avant de se décider à suivre telle ou telle voie. Il ne m’appartient pas de peser le pour et le contre pour quelqu’un d’autre, sauf si celui-ci me l’a demandé. Malgré le pluralisme de la société occidentale, il y a encore une énorme pression de conformisme qui a pour conséquence que beaucoup de gens cachent et renient des parties de leur propre personnalité afin de paraître politiquement correct. J’en suis arrivée à être particulièrement rebelle contre toute forme de pression conformiste. Ce caractère rebelle me donne la capacité d’être et que je suis mais l’incapacité de me conformer à une image politiquement correcte. C’est, là aussi, ma propre voie, qui comporte des avantages et des inconvénients par rapport aux autres voies. Certains m’admirent pour mon authenticité, mais ce qu’ils considèrent comme du courage (comme par exemple de vivre selon ma tendance de feedee, le courage d’être ronde volontairement) n’est rien d’autre que mon incapacité à simuler et à porter un masque.

D’autres se montrent irrités par mon authenticité et me disent que ma façon de vivre n’est pas correcte. En cela, des gens comme M. Inquiet m’ôtent le droit d’exister, car si je n’ai pas le droit d’être comme je suis, c’est comme si je n’avais pas le droit de vivre. Ma conscience sait très bien que personne n’a le droit de m’ôter le droit d’exister, car, comme toute autre créature, je suis aussi un enfant de l’univers ou de Dieu (selon les goûts) ; cependant cela me fait mal.

 

 

Les deux arguments qui sont sans cesse évoqués contre le feedisme sont : la laideur des rondeurs, et les conséquences sur la santé d’une prise de poids. Après que le premier argument ait été rejeté (en considérant la variabilité et la subjectivité de l’idéal de la beauté), nos opposants, triomphants, sortent l’argument-choc concernant la santé. Je n’ai pas l’intention de rentrer dans le débat à propos des conséquences du surpoids sur la santé (mensonge ou réalité ?). Personnellement, je considère la dramatisation des conséquences du surpoids sur la santé comme véritablement exagérées, d’un autre côté, il est vrai qu’avec mes 100 kg je ne peut plus bouger autant qu’avec 50 kg et que les articulations sont plus sollicitées à 100 kg qu’à 50 kg.

De même, toujours à propos des conséquences sur la santé, nos opposants aiment avancer l’argument que le surpoids diminue notablement l’espérance de vie, selon les statistiques. D’ailleurs, M. Inquiet, dans sa lettre, a exprimé la crainte que je doive payer ma tendance de feedee avec des jours de ma vie. Ah Dieu ! Ca me fait peur !

 

1)      Aucune statistique du monde ne peut me prédire jusqu’à quel âge je vivrai. Peut-être que demain le ciel me tombera sur la tête, ou alors peut-être que malgré toutes ces informations je vivrai jusqu’à 100 ans ?

2)      La discussion à propos de l’espérance de vie part du postulat que vivre très longtemps constitue le but le plus important de la vie, auquel tout le monde doit se soumettre.

 

 

Ce second point mérite une explication. Le souhait de vivre très longtemps me semble être le produit d’une philosophie christo-matérialiste, qui fait de la performance une vertu. Aussi bien le Christianisme que le matérialisme enseignent (même si les conditions générales ne sont pas les mêmes dans ces deux idéologies) que nous ne vivons qu’une seule fois. Dans le Christiannisme, on trouve la philosophie : « Je dois être reconnaissant envers Dieu pour la vie, même si elle est emmerdante », tandis que le matérialisme enseigne l’idée que toute existence se termine quand la matière disparaît, ainsi la destruction de la matière doit être retardée autant que possible, quoi qu’il en coûte. Au sommet de tout cela, on trouve la fièvre des records : plus vite, plus haut, plus loin, plus loin et aussi plus âgé, ce qui est une étonnante contradiction avec le culte de la jeunesse, qui provoque des jérémiades sur la société vieillissante et la non-rentabilité du système des retraites.

Il y a des gens qui oublient la vie à cause de leur obsessionnel souci de l’hygiène de vie : leur vie est faite de cours de nutritions, de programmes fitness, etc… A mon avis, dans la vie, la qualité est plus importante que la quantité. A quoi me sert-il de vivre longtemps, si pour cela je dois passer par toute sortes de privations ? Pourquoi chercherais-je à allonger ma vie, si je m’interdis toutes les bonnes choses qui m’offrent une existence charnelle ? Personne ne niera que les désirs sexuels sont les plus beaux, et chez moi ils sont indissociables des rondeurs. Si je paie mes rondeurs avec des jours de ma vie, s’ils vous plaie, cela n’est pas grave pour moi. Je ne désire pas suivre la voie la plus longue, mais suivre MA VOIE.

En ce début de XXIème siècle, l’espérance de vie est satisfaisante, que l’on soit gros ou maigre. Je ne trouve pas tentante l’idée de finir dans la solitude d’une maison de retraite, âgée de plus de 80 ans. J’offre volontiers ces quelques années à la mort, et jusque là j’apprécie ma voie de la rondeur, car nous aussi les feedees, comme toute autre personne, avons le droit de vivre notre sexualité. Peu importe combien de poids ma voie va encore me faire prendre, peu importe combien d’années d’espérance de vie cela va me faire perdre, peu importe si je deviens laide dans les yeux de M. Inquiet, c’est MON chemin, et c’est à moi seule que reviens la décision si c’est celui-là que je suis ou pas.

 

 

A présent, j’espère avoir expliqué le feedisme en langage suffisamment clair pour avoir atteint mes lecteurs. Mais pour comprendre, il faut aussi faire preuve de bonne volonté et avoir l’esprit large.

 



Speckhexe, le 08/03/2005.











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